La petite guimauve

Je borde mon fils. Il me dit:

J’ai une petite guimauve sur la jambe… ça fait mal!

Perplexe, je lui réponds:

Mais de quoi tu parles?

Victor Réitère.

Oui, oui! J’ai une petite guimauve ici, regarde! Ça fait mal.

Il me pointe sa jambe. Je clique, finalement…

Victor, ce n’est pas une «petite guimauve»: c’est une «ecchymose»!

Trop cute.

L’homme qui leur avait tourné le dos

Les quatre jeunes hommes étaient assis côte à côte sur des chaises de métal montées d’armatures de plastique orangé. Ils étaient nerveux. L’un replaça une mèche de cheveux, tandis qu’un autre ajusta sa cravate. Autour d’eux, d’immenses cadres dans lesquels des portraits de célébrités de jazz, de skiffle et de pop étaient affichés et tapissaient de manière ostentatoire les murs boisés. On pouvait notamment y apercevoir le portrait de Jimmy Young, signé et dédicacé à un certain Tim Albertine avec qui il aurait, semblait-il, eu beaucoup de plaisir un certain soir.

Patients, les jeunes hommes observaient la réceptionniste qui parlait au téléphone. Elle semblait s’affairer à mille et une choses. Elle retint le téléphone de son épaule gauche, tandis qu’elle écrivait dans un calepin de sa main droite. Elle raccrocha soudain et poussa un soupir comme la chaudière d’une locomotive qui aurait laissé échapper sa vapeur sous pression. Le voyant rouge de son interphone rougit.

« Faites entrer les messieurs, je vous prie, Paige, ordonna la voix métallique.
– Tout de suite, monsieur. Ils seront avec vous dans quelques instants. »

Au même moment, un des cadres de bureau, s’alluma un cigare et alla naturellement tapoter de sa main le postérieur de sa secrétaire callipyge.

« Tu m’apporteras un café quand tu auras deux minutes, Paige, lui dit-il avec un sourire.
– Oh Jim ! Arrêtez, vous me faites rougir. J’irai vous servir votre café dès que ces messieurs seront dans le bureau de monsieur Smith.
– Merci, chérie. Tu es vraiment un amour, répondit l’homme en disparaissant dans ce qui semblait être son bureau.
– Veuillez me suivre, s’il vous plaît. Monsieur Smith vous attend à l’étage.»

Après un court tour d’ascenseur, les portes s’ouvrirent enfin. Elles menaient directement à l’immense bureau de Monsieur Smith, le directeur artistique de la boîte.

« Bonjour, messieurs, asseyez-vous. Bienvenue chez Decca. »

Les quatre musiciens s’exécutèrent après lui avoir tour à tour serré la main.

« Écoutez… Hum… Bon… des jeunes comme vous qui cognent à ma porte, j’en vois tous les jours et pleins comme ça. »

Tout en parlant, Monsieur Smith brandit ses mains dans les airs avec des gestes amples et approximatifs, et continua.

« J’ai discuté le bout de gras avec votre agent, monsieur Epstein, et il m’a parlé de vous. Normalement, je ne perds pas mon temps avec des amateurs de votre genre, mais je le connais depuis longtemps et je lui en devais bien une. Il m’avait déjà impressionné quand il m’avait fait écouter «Gerry and the Pacemakers», mais ça avait fait chou blanc… En tout cas… Le marché est saturé et c’est difficile de percer de nos jours. J’ai pris la peine d’écouter votre démo et… Écoutez, les gars, vous m’avez l’air de bons types, c’est pourquoi je vais me permettre d’être totalement réglo avec vous, tout en restant poli : ce que vous m’avez fait écouter était «correct», sans plus. »

Smith, ennuyé, replaça les crayons qui étaient épars, çà et là, sur son bureau.

« Je veux dire que ce n’était rien d’exceptionnel, rien de bien nouveau ni de bien accrocheur. Les paroles ne sont pas top et la musique est ennuyeuse grave, j’vous dis pas. Je ne veux pas dire que vous n’avez pas de talent : on sent l’effort, c’est vrai. Mais pour percer dans le monde du showbiz, il faut être au «maxitop». Vous me suivez, les gars ? Il faut tenir quelque chose de grand ! Être de véritables artistes ! Mais là, ce que vous m’offrez… Ça craint un max en réalité. Point barre. Vous me présentez des ballades hésitantes et un répertoire peu ambitieux. Votre première chanson, là, elle manquait totalement de rythme. On est loin du ver d’oreille, je vous le dis!»

Le directeur se leva et alla se servir à boire. Des alcools étaient exposés dans des carafes, à deux pas de son bureau. Elles étaient assez près pour qu’il puisse se servir – lui, et à l’occasion ses invités –, mais assez loin de lui pour qu’il doive se lever de son fauteuil de cuir. Il se servit un scotch – probablement un double – et continua son monologue, tout juste après qu’il ait poussé un à peine perceptible soupir d’agacement.

«Ce n’est vraiment pas assez nickel pour que je présente ça à mon patron. Sérieusement. Ça serait comme pisser dans un violon. Et j’ai pas envie de pisser, vous pigez?
Bon, ça me fait vraiment de la peine, parce que vous m’avez l’air des mecs plutôt travaillants, mais…»

Smith s’interrompit et les dévisagea.

«Et qu’est-ce que c’est que cette coupe de cheveux, dailleurs ? Vraiment, vous avez l’air un peu simplets, non ? Vous êtes tout sauf présentables… Et le nom que vous avez donné à votre groupe… On se croirait au jardin d’enfants. Vous laissez croire que vous avez une case en moins.
Je peux vous dire une chose qui est vraie, et ça, fiez-vous à mon expérience : ce n’est pas avec des choix idiots comme ceux-là que vous arriverez à percer le monde du show-business. À votre place, j’apprendrais à faire autre chose que de la musique. Vous voyez ce que je veux dire ? Je ne sais pas… Non, mais sans déconner, les mecs, je ne crois pas que votre musique passera un jour sur les ondes, même locales. Vous seriez mis au rancart en moins de deux…»

Pour la première fois depuis qu’ils avaient quitté la réception, un des jeunes hommes ouvrit son clapet, frustré.
«John, Paul, Georges, on s’en va. On n’a plus rien à faire ici.
– Bonne chance, les Beatles. Mais je vous préviens : personne ne s’intéressera à vous, je vous le dis !»

Une virée à Toronto

Futur cadeau de moi à moi

Le livre de Pat Contri est une véritable mine d’or d’informations sur tout ce qui a été vendu dans l’univers de la Nintendo Entertainment System. Ce mastodonte contient plus de 750 reviews des jeux de NES sortis en NTSF (Amérique du Nord), plus de 30 reviews de jeux sortis en version PAL seulement (Europe), des reviews de jeux non-licencés et beaucoup plus!

Je sais que toutes ces informations se retrouvent sur le Net et gratuitement, mais «The ULTIMATE NINTENDO: GUIDE TO THE NES LIBRARY» est le genre de livre bibelot qu’on laisse traîner, qu’on feuillette et qui anime les discussions chez les adeptes du retrogaming.

Je trouve seulement que c’est un objet cool à avoir, étant donné que j’aime bien le retrogaming.

 

Retour vers le futur

Ces temps-ci, j’essaie de me rendre au travail à pied. Je me gare dans le stationnement d’un restaurant de fast-food qui s’appelle «La Cabane». Ensuite, je marche jusqu’à mon travail. Le trajet ne me prend que dix minutes. Il me donne le temps de m’oxygéner le cerveau et de me dégourdir les jambes un peu.

Or, ce matin j’entrevois un homme âgé dans le stationnement du dit restaurant. Je me dis qu’il doit être le propriétaire et je m’avance vers lui, question de lui demander la permission de me stationner sur sa propriété (même si celle-ci semble publique).

Je m’approche de lui.

Je me présente et lui explique ma stratégie de stationnement/marche. Il m’explique à son tour qu’il était l’heureux propriétaire du restaurant, mais que le terrain ne lui appartient plus… depuis ce matin! Ce sont les propriétaires de l’Encan Larose qui en sont les propriétaires, maintenant. En jasant avec le bonhomme, j’apprends qu’il a fait de «La Cabane» sa carrière et qu’il a terminé sa vie active plutôt richement. Il me parle de ses enfants, de ses voyages dans le sud chaque hiver et de son précédent emploi en éducation, à l’époque où la polyvalente Hormisdas-Gamelin n’existait même pas encore.

Après avoir jasé près de dix minutes, je regarde ma montre et constate que le temps file. Je lui serre la main et lui demandant son nom. Je me dirige vers ma voiture, mais après avoir contourné son mastodonte de pick-up, je l’entends me questionner au loin: «Veux-tu voir un beau char? » Hésitant, je lui réponds que je suis un peu pressé. Il m’incite tout de même à prendre «deux petites minutes». En effet, ç’aurait été une erreur de ne pas avoir été dans son garage, mais ça, je ne le savais pas encore!

Je l’accompagne donc devant sa porte et il l’ouvre. Son garage assez spacieux pour accueillir deux voitures côte à côte est plutôt en désordre. Je contourne l’établi et j’aperçois, tout juste derrière, une DeLorean! La voiture mythique de mon enfance! La vedette de Retour vers le futur! «Ah! C’est vous qui avez la DeLorean dans le coin!» que je lui ai dit.

 Je lui raconte que la semaine dernière, j’ai fait écouter «Retour vers le futur» à mes étudiants. Pour plusieurs, c’était la première fois qu’ils le voyaient, pour d’autres, la trentième fois. Je lui raconte aussi qu’après le visionnement, je leur ai mentionné qu’il y avait à Masson-Angers une DeLorean qui arpentait les rues de temps en temps l’été, mais que je ne savais pas à qui elle appartenait.

Après mes explications, il ouvre sa portière côté conducteur, j’observe avec grand intérêt les sièges de cuir et les cadrans. Wow. Je suis très impressionné, je dois dire!

«Veux-tu monter dedans?»

Oh my! Oh my! Oh my!

«Certain!»

Je me penche pour entrer dans l’habitacle. C’est très petit. Je suis tellement grand que je crains ne pas pouvoir fermer la portière tellement ma tête dépasse par l’ouverture. Je me sens assis très près du sol, presque couché. Mon cerveau enregistre le plus d’infos possible, mais le temps semble passer trop vite. L’homme m’invite à regarder dans une boîte de carton qui est à côté de moi, sur le banc du côté du passager. Il ouvre la boîte et me laisse voir les cadrans caractéristiques de la machine à voyager dans le temps, ceux qu’on peut apercevoir dans l’habitacle du film. «Ah, je les ai fait faire et je ne les ai pas installés encore. C’est un gars au Québec qui fait ces répliques-là.» Je le laisse me parler et je le coupe de quelques «wow» et d’autres «cool» qui me sortent de la bouche. Mais, le temps file. Dramatiquement. Je maudis le ciel de ne pas avoir de cellulaire pour prendre un selfie.

Je sors de l’habitacle et remercie l’homme. Je quitte finalement son stationnement avec le sourire aux lèvres. Fuck la marche pour ce matin. J’ai une expérience à raconter au plus vite!

le déterminant possessif «leur»

Ce matin, dans le cours de grammaire, nous avons eu à expliquer à règle d’accord du déterminant «leur». Il était évident qu’il fallait d’abord s’assurer de ne pas le confondre avec le pronom «leur», lequel n’est jamais mis au pluriel. Le remplacement de «leur» par «lui» dans la phrase ferait très certainement la job d’écarter cette possibilité.

Je leur ai dit de s’en aller.
Je [lui] ai dit de s’en aller.

En remplaçant le pronom «leur» par un autre pronom, «lui», il est possible de l’identifier comme tel.

Cependant, c’est l’accord du déterminant «leur» qui pose un réel problème. Mais quand devons-nous mettre le déterminant «leur» au pluriel?

La règle générale d’accord des déterminants est que ce dernier prend le genre et le nombre du mot qu’il accompagne. Or, comme c’est un déterminant possessif qui est associé aux pronoms personnels «ils» ou «elles», l’idée du pluriel est déjà évoquée. Mais quand utilisons-nous «leurs», alors?

Selon Maurice Grevisse (Précis de grammaire française, 1957):

«Leur» s’écrira au singulier:

a) Devant un nom strictement singulier:
Ex.: Ils préparent leur avenir.

b) Quand un objet possédé par l’ensemble de possesseurs:
Ex.: Ils ont vendu leur maison. (En parlant des deux propriétaires d’une seule maison)

c) Quand chaque possesseur ne possède qu’un seul objet.
Ex.: Les élèves ont terminé leur rédaction. (Chaque élève n’a terminé qu’une seule rédaction, mais elles étaient toutes différentes)
Ex.: Ils ont fermé leur oeil.

«Leur» s’écrira au pluriel:

a) Quand chaque possesseur possède plusieurs objets.
Ex.: Les élèves ont rangé leurs livres. (Considérant que chacun possède plusieurs livres)

b) Quand chaque possesseur ne possède qu’un seul objet, mais que la phrase implique une idée de réciprocité, de comparaison ou d’addition.
Ex.: Les deux hommes se sont échangé leurs cartes d’affaires. (même si chacun n’avait qu’une seule carte à échanger)

c) Quand il accompagne un nom toujours écrit au pluriel.
Ex.: Les gens ont perdu leurs lunettes. (Dans ce contexte, «Lunette» s’écrit toujours au pluriel. On dit avoir DES lunettes)(Exemple tiré d’Antidote 9, 2016)

d) Quand le sens logique l’impose.
Ex.: Leurs têtes se sont entrechoquées quand l’autobus a freiné. (Le sens veut qu’il y ait au moins deux têtes pour qu’elles puissent s’entrechoquer)(Exemple tiré d’Antidote 9, 2016)


Bref, la langue, ce n’est pas simple. il faut seulement s’y intéresser pour l’apprivoiser toujours un peu plus chaque jour.

Le Brutal

Brutal_moyen

Un matin, Robin me demande de lui faire un logo pour son équipe de hockey qu’il utilise lors de son pool annuel. L’équipe s’appelle «Le Brutal». J’ai tout de suite des idées en tête.

Comme je connaissais le style de Robin, je savais qu’il fallait que ça fesse. Le second défi était de faire un logo qui ressemblait à un véritable logo d’équipe sportive. Pour me donner un modèle crédible, je suis allé chercher une image prise du film culte «Texas Chainsaw Massacre».

Je suis ensuite passé par-dessus avec Photoshop en prenant bien soin de faire de belles lignes bien épaisses. J’ai ajouté un peu de sang pour faire encore plus violent. Robin a finalement été très content de mon travail et devrait arborer son chandail orné de son logo personnalisé à sa prochaine rencontre de draft!