Une belle journée ensoleillée

Une petite nouvelle que j’ai écrite pour faire rire ma blonde et quelques collègues de travail.


    Ce matin, je me réveillai en me disant que la vie ne pouvait être plus excitante pour moi. Je réfléchis aux plaisirs qu’allait me procurer mon nouveau boulot et mon haut-le-coeur matinal s’estompa légèrement. C’était en temps de crise. J’avais passé les deux derniers mois à me chercher du boulot et c’est avec peine que j’en avais finalement déniché un qui ne me donnait pas le gout de vomir mes tripes. Mais un boulot est un boulot: c’est quand nous avons vécu la famine que toutes les pommes pourries goutent le miel.
    Ainsi, c’est avec les globes oculaires encore collés de «caca d’yeux» que j’entrepris l’Everest de me lever du lit. L’épave en surpoids qui me servait de corps était étonnement alerte et prompt à répondre à mes demandes. Ma jambe gauche toucha le sol, suivi de loin par ma jambe droite. J’avais le dos en compote comme tous les matins. Je feignis de faire mes étirements comme me l’avait conseillé mon médecin familial: je n’avais pas de temps à perdre avec des idioties pareilles. Pour que ce genre de conseil porte fruit, il faut de la constance, et ça, j’en avais épuisé le stock depuis longtemps.

    Comme j’étais du genre à faire la fête la veille des entretiens, me lever aussi facilement à 6h du mat’ me paraissait plus grand encore qu’un miracle biblique. Normalement, mon premier réflexe matinal était de regarder ma femme dormir dans ses longs cheveux noirs qui formaient une auréole autour de sa tête immobile. Mais ce matin, ce ne fut pas le cas. D’abord parce que j’étais à la presse et ensuite parce que mon «caca d’yeux» n’avait pas encore été évacué de mes fissures. Ma flamme exerçait chez moi un envoûtement certain. En sa présence je devenais un bon garçon: ce matin-là, je me laverais peut-être même le visage.
    C’est en caleçon troué et bruni par le beurre de raie que je sortis prendre l’air sur mon balcon défoncé par l’humidité, les fourmis et le manque d’amour. Après avoir rempli mes poumons de la douce boucane de la Caroline, je revins à l’intérieur pour y casser la croûte. Du café brûlant et une rôtie brûlée, y’a que ça pour se remettre d’un lever plus brutal que la normale. Tout avait un gout de cendre, comme d’hab’.
    Comme on ne peut pas faire une seconde bonne impression à notre premier rendez-vous et question de mettre l’hygiène de mon côté, je me dirigeai à la cuvette pour m’y raser et, comme je me l’étais précédemment promis, pour m’y laver la tronche. La gueule patibulaire et asymétrique que j’entrevis dans le miroir me dit vaguement quelque chose. La journée allait être longue, je le sentais. Une fois décrotté, je ne me reconnaissais plus. Mais comment une aussi petite surface peut-elle accumuler autant de crasse? Je crève les quelques pustules qui masquaient toujours mon visage de bel adonis accidenté; j’en essuie finalement les éclaboussures sur le miroir.

    L’heure avançait et je n’avais toujours pas pris le temps de m’occuper de mon crâne qui criait la douleur depuis la veille. Je pris deux comprimés dans la pharmacie; il y avait une panoplie de cachets mélangés dans des pots où l’inscription sur ces derniers était illisible depuis des lustres. N’ayant pas de temps à perde, j’en pris un de chacun, mais en prenant un grand soin d’écarter les petites bleus… Pas de chance à prendre avec la santé. Je raflerai bien un ou deux antidouleurs dans le lot; je verrai dans une heure.
    Je retournai à ma chambre qui avait toujours l’odeur des activités de la veille. Quand on est dedans, on ne s’en rend pas compte, mais c’est quand on y revient que le choc est spectaculaire. Je mis ma chemise qui était, ma foi, plus ingrate qu’à mon souvenir. Une chemise bleuté dans laquelle j’allais me saigner à blanc et faire abuser de moi la soirée durant gisait sur une chaise de bois marron dans un des coins de la couchette. C’est en boutonnant la chemise trop grande que je me rappelai que la récession faisait mal.
    Une fois vêtu, je descendis les escaliers, je repris mon souffle et essuya de ma bleue manche de coton mon front qui perlait. Je m’engageai dans la cuisine où Clara s’affairait déjà à la tâche. Je pris la peine de la saluer en l’étreignant et en l’embrassant tendrement dans le cou. La chaude compagnie de ma femme me faisait, chaque matin, beaucoup de bien. Une fleur dans un tas de merde restera toujours mieux qu’un tas de merde dans un tas de merde. Elle avait dans son allure et dans son attitude, quelque chose de très réconfortant. Elle était possiblement la seule lueur dans ma vie minable. Du beurre sur un pain trop sec.

    Dans la vie, je m’accrochais à tout ce qui pouvait être rituel et je détestais les sensations novatrices. La routine était chez moi une ancre qui me gardait à bon port et évitait que je ne dérive dans quelques endroits païens. M’enfin, le moins souvent possible.
    Je m’assis donc à la table où je mis péniblement mes bottes qui bizarrement n’avaient pas encore rencontré la décharge municipale. Le fait seul de me pencher vers l’avant me rappela que je n’avais plus quarante ans… Disons que mes plus belles années étaient déjà bien loin derrière. Mais chaque fois, cette pensée me hantait comme un cabot mord un facteur un petit jour de semaine.
    En me relevant, je sentis ma patate pomper l’huile. Il eut un noir, puis des picots. Ma santé s’améliore, semble-t-il. L’entraînement que j’ai commencé avant-hier commence à payer. Au moins, je ne suinte plus en mangeant.

    La porte d’entrée était aussi accueillante qu’un mal de bloc le lendemain d’une solide cuite. J’avais l’impression que tout ce que je percevais à l’aide de mes sens accentuait mon entrain. Même la pluie qui battait comme vache qui pisse n’arrivait pas à me tuer l’humeur. Visiblement, c’était le plus beau matin que j’avais eu la chance de vivre depuis longtemps. Je sortis.
    Certes, on pouvait me reprocher bien des choses: d’être crasseux, brouillon, disgracieux et même plaignard, mais à cette liste, une autre affligeante malfaçon allait s’ajouter: celle de la négligence. Car, du coup, je venais momentanément de manquer le bus.


    Un immigrant en taxi et quarante dollars chez le Diable plus tard, je fis stop sur le lieu de ma future torture. Le chauffeur arrêta devant un centre communautaire typique: carré, laid, avec des jeux d’eau à l’extérieur. C’était le genre d’endroit habitué de recevoir moult groupes originaux tels que le club des ainés encore intéressés par les échecs, le club des séniles amateurs de bridge, les adeptes granolas du yoga et les gros lards du vendredi soir qui tentaient tant bien que mal de maigrir en continuant de s’empiffrer de deux gros sacs de pop-corn – extra beurre – et deux litres de cola diète en allant au cinoche du mardi. Des gens de grande qualité. Avant de descendre de ma diligence, le cocher me regarda fixement en frictionnant son index avec son pouce. Je l’ignorai, naturellement.

    J’entrai dans le bâtiment en regardant partout sauf dans les yeux des gens que j’avais le malheur de croiser. Mais comment pourrais-je leur mentir en me retenant de leur mentionner à quel point ils représentent tout ce que je désire anéantir de l’humanité? S’il y avait de la place entre les murs et la peinture, je les s’y aurais bien rangés pour un millénaire ou deux.
    À mon grand ahurissement, le local principal était bondé d’antiquités de toute race et de toute odeur. Ils semblaient tous antédiluviens. Sur la scène, un petit lutrin qu’on aurait dit en carton tellement il semblait pauvre en qualité attendait tel un chauffeur attend son ministre à l’aéroport.
    Bordel que j’aurais voulu une clope.

    Je cherchais une pimbêche de service à qui j’aurais pu m’annoncer. Mais il n’y en avait point à l’horizon. Comme l’heure avançait et que je n’avais pas que ça à faire avoir du plaisir, je scrutai du regard le pourtour de la salle dans le but d’y trouver le boutonneux de service (dans ce genre d’événement, il y a toujours un jeune boutonneux à la moustache molle qui bat au vent. Le pauvre fait du bénévolat «part-time» comme preneur de son pour des événements tels que celui-ci et alimente l’espoir qu’il puisse en faire, un jour, une carrière et, éventuellement, en vivre. Entretenir ce genre de rêve devrait être puni par la loi). Le boutonneux était mon dernier espoir d’avoir une quelconque direction. Oui, j’étais à ce point désespéré. Qu’on me tromblonne.
    Ne voyant personne d’intérêt, je m’impatientai et pris parole au micro tant bien que mal rattaché au lutrin. Je toussai dans le matériel audio obsolète depuis au moins cent mille ans. Les décibels furent crachés des haut-parleurs comme soufflerait un ataxique des bougies sur un gâteau. Rien à y faire: je devrai hausser le ton d’un cran.
    À ma grande surprise, les bicentenaires se tournèrent vers moi. Je vis dans leurs yeux vitreux qu’ils étaient prêts à entendre la bonne parole que je m’apprêtais à leur cracher. Ils montrèrent tous comme ils le pouvaient leur excitation: ils se grattèrent l’entrejambe, replacèrent leurs fonds de bouteilles, ajustèrent leurs appareils auditifs, mâchouillèrent leur dentier.
    Je déposai mes mains moites sur le lutrin, mais avant de prendre le crachoir, j’aperçus une pancarte en coroplaste installée au fond de la salle. Le lettrage semblait avoir été fait par un enfant d’âge préscolaire manchot. Peut-être aurait-il été borgne si elles avaient été au moins droites. C’était comme qui dirait «du travail de pro». J’ajustai ma vision en plissant exagérément les yeux. Il était gribouillé : «Ce matin, Michel Labinne, coach de vie».
    Eh, merde… Mais comment diable avaient-ils pu écrire mon nom incorrectement ?


François Deslauriers

10 juin 2016

Riichi Mahjong – Compte rendu de partie

Samedi soir passé, j’avais organisé une partie amicale de Riichi Mahjong à la maison. Chuck et son beau-frère Jonah se sont présentés vers 20h et nous avons pu démarrer la partie à quatre dès 20h30. Jonah a été dès le départ désigné comme donneur, suivi de Carolane pour le vent du Sud, moi-même le vent de l’Ouest et Chuck le vent du Nord. La session a duré environ 5h et s’est terminée vers 1h30 du matin. Voici le résumé des différentes parties.

Manche EST

1re partie
La première partie s’est terminée en nulle. Comme Chuck et moi étions en tenpai, nous avons reçu chacun 1500 pts.

2e partie

Capture d’écran 2016-06-04 à 22.11.29

 

 

 

Victoire de Jonah par ron à Chuck (4 de bambou)
Fanpai
1000pts

3e partie

Capture d’écran 2016-06-04 à 22.34.56

 

 

 

Victoire de Jonah par ron à François (8 de monnaie)
Riichi
Ippatsu
Dora
5600pts

4e partie
nulle
Sans échange

Manche Sud

1re partie

Capture d’écran 2016-06-04 à 23.40.12

 

 

 

Victoire de Jonah par ron à Carolane (7 de caractère)
Riichi
dealer
2000 pts

2e partie
Nulle
sans échange

3e partie

Capture d’écran 2016-06-05 à 00.13.06

 

 

 

Victoire de Jonah par Ron à François (4 de monnaie)
Riichi
Ippatsu
Dealer
4200 pts

4e partie

Capture d’écran 2016-06-05 à 00.35.27

 

 

 

Victoire de François par ron à Chuck (5 de bambou)
Toitoi
Tanyao
5800pts

5e partie

[image manquante]

Victoire de Jonah par ron de François [dealer] (Dragon rouge)
Riichi
Ippatsu
Fanpai
Dora
8000pts (Mangan)

6e partie

Capture d’écran 2016-06-05 à 01.18.14

 

 

 

Victoire de Jonah par Tsumo
Riichi
Ippatsu
Dora
Pinfu
Tsumo
8000pts (Mangan)

7e partie

Capture d’écran 2016-06-05 à 01.45.42

 

 

 

Victoire de Jonas par ron de carolane (3 de bambou)
Fanpai
Houtei
3900 pts

Score final
1re place – Jonah: 56000
2e place – Chuck: 17300
3e place – Caro: 15700
4e place – François: 10900


Jonah: +31
Chuck: -8
Caro: -10
François: -14

Les défausses risquées

Dans certains cas précis, le fait de délibérément défausser une tuile potentiellement risquée peut être puni. Les tuiles sont dîtes risquées puisqu’elles aideraient potentiellement la complétion d’une main de grande valeur (Yakuman). Voici les circonstances où les défausses sont considérées trop risquées:

Un joueur a exposé deux pon/kan de dragons et attend une tuile du troisième dragon laquelle est défaussée et appelée, complétant ainsi un Daisangen (Yakuman).

Un joueur a exposé trois pon/kan de vents et attend une tuile du quatrième vent laquelle est défaussée et appelée, complétant ainsi un Shōsūshī (Yakuman).

Un joueur a exposé trois pon/kan ou chi de la même couleur et attend une tuile de la même couleur laquelle est défaussée et appelée, complétant (ou aidant à compléter) ainsi un Chinitsu.

Un joueur a exposé trois pon/kan ou chi de couleur «vert» et attend une tuile «verte» laquelle est défaussée et appelée, complétant (ou aidant à compléter) ainsi un Ryūīsō (Yakuman).

Un joueur a exposé trois pon/kan d’honneurs et attend une tuile d’honneur laquelle est défaussée et appelée, complétant (ou aidant à compléter) ainsi un Tsūīsō (Yakuman).

Un joueur a exposé trois pon/kan de terminales et attend une tuile de terminale laquelle est défaussée et appelée, complétant (ou aidant à compléter) ainsi un Chinrōtō (Yakuman).

Un joueur a exposé trois kan et attend une tuile risquée (une tuile qui n’est visible ni dans les défausses, ni parmi les tuiles volées) laquelle est défaussée et appelée, complétant (ou aidant à compléter) ainsi un Sū kantsu (Yakuman).

Un joueur défausse une tuile qui est appelée pour compléter un kan. Si le joueur ayant complété un kan gagne à l’aide de la tuile de remplacement, la valeur de la main sera calculée comme si elle avait été gagnée par tsumo et le joueur qui avait préalablement défaussé la tuile devra s’acquitter de payer la valeur de la main en totalité.

Un joueur défausse une tuile risquée (une tuile qui n’est visible ni dans les défausses, ni parmi les tuiles volées) laquelle est défaussée et appelée, complétant une combinaison ou la main d’un joueur, alors qu’il ne reste que 5 tuiles ou moins dans le mur.

Si l’une de ces situations se présente, le joueur fautif pourra se voir puni d’avoir été «irresponsablement» négligent et ainsi payer la totalité de la main si elle est complétée par un tsumo (même si la complétion se fait lors d’un prochain tour). Par contre, si la main est complétée par un ron, ce sont à la fois le joueur fautif et le joueur qui a été précédemment négligeant qui devront se séparer également la valeur totale de la main.

Situations particulières avec les chombo

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Chombo! Chombo!
Si plusieurs chombo sont donnés simultanément, c’est le chombo déclaré par le joueur le plus près dans l’ordre de tour qui aura préséance. Tous les autres chombo seront donc annulés.

Chombo! Ron!
Dans le cas où un ou plusieurs chombo (sévère pénalité) seraient donnés en même temps qu’un ron est déclaré, le ron sera complété et les chombo annulés.

Le principe de liberté de choix

S’il existe plus d’une manière légale de configurer sa main, c’est au joueur de décider de sa configuration finale. L’optimisation des points n’est nullement une obligation, quoiqu’elle devrait normalement être visée. Voyez cette main composée des mêmes tuiles, mais organisée de deux manières différentes. Pour chacune, calculons les différents yaku réalisés et additionnons les han ainsi obtenus:

Capture d’écran 2016-06-05 à 18.48.50

Les fu:
7 paires 25fu

Total 25fu (non arrondi)

Les yaku:
7 paires (Chitoitsu: 2 han)
Toutes des tuiles de 2 à 8 (Tanyao: 1 han)
Tsumo avec une main fermée (Menzen Tsumo: 1 han)

Total: 4 han
Valeur de la main: 6400 points

Capture d’écran 2016-06-05 à 18.50.03

Les yaku:
2x deux suites identiques (Ryanpeiko: 3 han)
Toutes des tuiles de 2 à 8 (Tanyao: 1 han)
Tsumo avec une main fermée (Menzen Tsumo: 1 han)

Total: 5 han
Valeur de la main: 8 000 points (main limite: Mangan)

Comme il est possible de le constater, organiser sa main correctement et annoncer les bons yaku réalisés peuvent faire une grande différence quant au calcul de la valeur finale de la main. Il faut rester le plus vigilant possible. Par contre, avoir une vision juste de sa main vient avec l’expérience et le temps, il est donc souhaitable d’être indulgent envers les joueurs moins expérimentés.